Chateau de cartes.
L'herbe bleue de La Villette, les impressions volages, la musique et les silhouettes. Le temps qui s'oublie, la société paradoxale qui laisse faire la jeunesse. La sécurité orange, discréditée.
Et puis, à 13h du matin alors que je me reveillais à peine, un Colorié avait passé la frontière belge, un Colorié m'attendait sous son arbre.
La glace pilée était immonde mais je l'ai mangé quand même parce qu'il y a des jours comme ça, ou même l'immonde prend un gout agréable. Ari a les yeux couleur ciel, Ari a le sourire sincère et la jonglerie facile. Si j'étais un valet, Ari serait un As. Et puisque nous sommes tous étrangers, il me fait visiter ma ville, m'emmène là-haut, tout en haut, il m'emmène au dessus des gens qui dépensent sans compter, me fait grimper, sur les toits de Paris. Et j'apprecie la nonchalence avec laquelle il est là, contre toute attente, simplement là.
Quand la nuit tombe, ça ne devient pas tout à fait Paris by night, mais Paris by Nous. La chaleur étouffante du sous-sol d'un bistrot, et la musique omnipresente dont on ne se lasse toujours pas. Les bières et les roulées, le temps qu'on laisse filer, la pluie que l'on savoure, qui nous savoure.
Et les cerises qui étaient certainement les meilleures que j'ai jamais mangé.
Et la vie continue, le quotidien s'acharne, à raison d'une vingtaine de parties de cartes par jour. Le chateau tient en équilibre precaire, mais il resiste, en vers et contre tout.
Le soir dans la pénombre, c'est caramel et océan. Elle dit que ça sent bon, et le caramel de ma peau rougie, sourie.
Je regarde le monde qui cherche son étoile. Et je regarde la mienne, mon morceau de plastique qui suit tous mes mouvements. Il faut savoir une chose : Mon étoile n'est pas une personne, mon étoile n'est qu'une étoile. Mon étoile n'existe pas, elle n'a pas de nom et elle n'en aura jamais. Mon étoile ne brille ni par amour, ni par magie. Elle brille parce que c'est une étoile, et que lorsqu'il fait noir, son rôle c'est de briller. C'est un bout de plastique, et je n'en cherche pas d'autre. Je ne crois pas un jour pouvoir regarder quelqu'un dans les yeux et l'appeler Etoile. Alors je vous regarde chercher, je vous envie un peu. Mais au fond c'est Keeps qui a raison.
On cherche tous son Quelqu'un, tout en sachant trés bien. Qu'on ne le trouvera jamais.
Raël overdose de tout ça, je le sens je le vois, et je comprends crois-moi. Les temps changent.
Je ne suis sûre de rien, et je me laisse porter, par la vague de soleil qui semble enfin vouloir briller. Et tant pis si j'ai tort, à vous de cogner. Plus fort.
Hier soir, sur le parquet, il y avait tous ces gens. Que je connais à peine et que je vais devoir laisser. Hier soir sur le parquet, il y avait un Touareg au visage noir, cerclé par le blanc étincelant du tissus qui l'habillait. Il était là, il était beau, il arrivait de loin, de tellement loin, avec ses yeux pleins de légendes.
Le premier thé, amer comme la vie.
Le deuxième thé, fort comme l'amour.
Le troisième thé, suave comme la mort. Pour les enfants.
Et on voudrait figer le temps, on sent que tout nous echappe déjà, chaque chose qui n'est plus le présent commence déjà à se métamorphoser en Passé, et on ne peut rien retenir.
La métaphore du Diabolo Menthe/Cassis a besoin de vacances et d'amusements. Alors ce soir, si ces putains de drogues veulent bien se donner la peine, le réel n'existera plus.
