Ne regarde pas l'heure.
Il dit que de toutes façons, la seule qui l'abandonnera jamais, c'est sa mère. Il dit j'ai envie de t'engueuler, il pleure il crie et nerveusement parfois, il rit. Il dit que parfois je détruis tout en lui, que j'ai de la chance de pouvoir tout reconstruire en deux mots. Il dit Gaëlle, dis-moi quelle heure il est. Et je réponds tout, sauf 23h50. Sanglots. Moi je lui dis laisse moi, quitte moi pour voir, abandonne moi sur l'autoroute, voir si ça me fait quelque chose. Il dit si je pouvais, je te foutrais des coups de poing comme dans les dessins animés, et il rigole et puis finalement il pleure. Je dis lopette, il dit mais putain, regarde toi. Je me regarde. Je suis allongée par terre sur le linoléum blanc et froid de la cuisine, j'attends qu'un train déraille quelque part, qu'il s'encastre dans ma maison et qu'il s'arrète a un cheveu de mon corps capricieux, j'attends que la vie me donne sa leçon ultime, qu'on me remette à ma place. Il dit que pour cette fois, il vaut peut-être mieux que je m'envole sans lui. Il dit rappelle moi quand tu auras remis ta pendule à l'heure, il dit qu'il m'aime et pour la première fois il n'attend pas de réponse : Il raccroche. Le portable affiche 23h50, et je sais à quel point c'est même pas fait exprés. Je sais que le destin malgré tout, nous a drolement lié, drolement piegé. Et pour le reste je ne sais absolument rien. Juste cette toile qui se tisse partout sans permission.
